JNAS 2011 à Limoges : une rencontre fertile en échanges et informations
La traditionnelle Journée nationale des apnées du sommeil (JNAS) s’est tenue en octobre dernier à Limoges. Elle a été l’occasion de faire un tour d’horizon sur les causes et les conséquences d’une maladie qui affecte environ 4,5 millions de personnes en France.
Le syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS) constitue un réel problème de santé publique. C’est ce qu’a rappelé le Pr. Boris Melloni, chef du service de pneumologie au CHU de Limoges et membre de la Fédération Antadir. Les facteurs de risques de l’apnée du sommeil sont désormais bien connus, même si la maladie demeure encore sous diagnostiquée : ils sont à rapporter à l’histoire familiale, au tabagisme, à l’inactivité physique, à l’âge et au sexe (les hommes sont plus concernés que les femmes), à la prise d’alcool ou de médicaments. « Les conséquences majeures de l’apnée du sommeil sont l’hypertension artérielle, les troubles du rythme cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux, une pathologie coronarienne, des maladies métaboliques comme le diabète de type 2 ou l’hypercholestérolémie », a expliqué le Pr. Melloni. Heureusement, ces conséquences ne sont pas automatiques ni fatales. Mais elles nécessitent un suivi régulier de son état de santé, une meilleure hygiène de vie et imposent surtout à tout malade en surpoids de faire du sport.
319 000 malades sous PPC en France
Si sur la planète dans son ensemble, les maladies du cœur sont encore la première cause de mortalité (12,8 millions de morts par an), elles sont désormais talonnées par les infections des voies respiratoires supérieures (3,8 millions de morts), suivies du Sida (2,7 millions) et de la BPCO (2,750 millions) qui est la maladie du fumeur par excellence.
« Aux Etats-Unis, le SAOS concerne 4 % des hommes et 2 % des femmes, et plus largement dans le monde les proportions sont entre 3 et 7 % pour les premiers et de 2 à 5 % pour les secondes », commente encore Boris Melloni (photo). Le premier signe qui permet d’identifier un apnéique du sommeil, le ronflement, est à ce jour le lot de près de 50 % des hommes (dont le nombre augmente avec l’âge) et d’environ 17 % des femmes. Enfin, le nombre des apnées du sommeil non détectées varie de 0,7 à 3,3 % de la population générale. A ce jour, quelque 319.000 personnes bénéficient en France d’une ventilation par PPC, selon les données de l’assurance-maladie. Mais un grand nombre de malades s’ignorent – et/ou qui n’ont pas été diagnostiqués – et vivent avec le syndrome sans bénéficier de ce traitement qui demeure le plus efficace. Des malades qui prennent dès lors le risque d’être frappés d’une maladie coronarienne, d’un accident vasculaire cérébral ou encore d’une hypertension artérielle. Autant dire que le moindre signe d’apnée – c’est-à-dire d’arrêts respiratoires répétés – pendant le sommeil doit conduire au cabinet du médecin traitant.
Mieux gérer son capital sommeil
Le Pr. Joël Paquereau, responsable du centre de sommeil au CHU de Poitiers, Président du réseau Veille Sommeil en Poitou-Charentes a rappelé, lors de la JNAS de Limoges l’importance de préserver son sommeil et surtout la qualité de ce dernier. Quelques conseils utiles. Au cours des 60 dernières années, la durée de notre sommeil s’est réduite d’environ une heure par 24 heures. « Nous perdons ainsi 7 heures de sommeil par 24 heures, soit une nuit de sommeil par semaine. Ce manque de sommeil n’est pas sans conséquences sur notre organisme », souligne le Pr. Paquereau : nous nous endormons dans la journée et provoquons des accidents de la route ou du travail, nous connaissons des troubles de l’attention et de la mémoire, des troubles de l’humeur (irritabilité, dépression), des retards scolaires pour les enfants, voire des retards de croissance et, pour les actifs, une baisse d’efficacité au travail. « Le besoin de sommeil est de 13 heures chez un enfant de 3 ans, de 9 heures chez un adolescent et de 8 heures chez un adulte », rappelle à cet égard le spécialiste du sommeil. Pour les apnéiques, les micro-éveils inconscients (de 2 – 3 ou 15 secondes) que provoque l’apnée du sommeil entraînent des nuits fragmentées, une dette chronique de sommeil profond et une diminution de l’efficacité même du sommeil, du sommeil profond qui est le sommeil régulateur. L’organisme a alors des difficultés à résister à la somnolence dans la journée, en particulier après les repas voire au volant, ne serait que quelques secondes qui peuvent être fatales.
Le sommeil étant propre à chaque personne, il est nécessaire que chacun identifie au mieux son besoin moyen de sommeil, savoir si on est « court ou long dormeur », « du matin ou du soir ». « Il faut régler les horloges, conseille le Pr. Paquereau (photo): l’horloge interne (commandée par le cerveau), l’horloge temporelle (alternance jour/nuit) et enfin l’horloge sociale (très importante). » Tous les jours, l’horloge biologique se recale et il est important de la respecter. Il importe dès lors de ne pas retarder son horloge biologique et préserver le jour son sommeil de nuit ».
Ne pas négliger les apnées obstructives chez l’enfant
De 1 à 4 % des enfants peuvent être atteints d’apnée du sommeil. Si elle est fréquente, la maladie demeure méconnue. Le Dr. Thierry Seailles, de l’unité de Sommeil Hôpital Ambroise Paré à Boulogne (92) et par ailleurs médecin au centre médical du sommeil de Neuilly-sur-Seine, a dressé un bilan de la maladie chez les enfants. La maladie, longtemps méconnue et peu enseignée, voit de nombreuses familles se résigner face à des symptômes auxquels elles se sont adaptées sans qu’un réel diagnostic ait pu être réalisé pour leur enfant. « Pourtant, la pathologie est fréquente, car elle concerne 1 à 4 % des enfants, note le médecin. Dans chaque classe à l’école, il y en a probablement un. Le médecin généraliste en rencontre probablement un enfant par jour dans sa consultation, car ils vont plus souvent chez le médecin que les autres ». La maladie est donc fréquente, mais elle est méconnue. Les enfants ronfleurs sont environ 7 %. La répartition épidémiologique est différente de celle de l’adulte : à la puberté, il y a un peu plus de garçons que de filles. « Cela conduit à réaliser 50 000 adéno-amygdalectomies pour des syndromes obstructifs (sur 80 000 effectuées au total par an) ».
Les conséquences des apnées du sommeil chez l’enfant sont désormais mieux connues. « Les jeunes apnéiques du sommeil ont des retards de la croissance. Les courbes de croissance avant et après amygdalectomies le prouvent », précise encore le Dr. Thierry Seailles (photo). Par ailleurs, les enfants qui ronflent sont moins bons en classe et vivent des perturbations du développement cognitif. « Le SAOS est 6 fois plus fréquent chez les enfants ayant de mauvais résultats scolaires que chez les bons élèves ». Ils ont également des troubles du comportement avec une hyperactivité et une somnolence diurne. « Ils ont des troubles du langage, des difficultés d’apprentissages (écriture, calcul), des troubles de l’attention et connaissent des anomalies de l’organisation dans l’espace ». « Il n’y a pas de différence entre les ronfleurs et les enfants qui font des apnées », poursuit le médecin. Ils ont par ailleurs des complications cardiaques, plutôt rares, et une forte tension artérielle nocturne, des perturbations métaboliques, avec une inflammation chronique de tout l’organisme. Enfin, les enfants avec un SAS consultent deux fois plus souvent un médecin que les autres et ont une qualité de vie détériorée.
Au total, le SAOS de l’enfant est une maladie sous-diagnostiquée, mais il ne faut pas hésiter à consulter un médecin si les parents observent des signes précurseurs de la maladie (voir encadré). « Il peut y avoir des groupes à risques (antécédents familiaux, obésité, prématurité, asthme..) et un diagnostic précoce, outre qu’il permet d’éviter des complications graves, améliore la qualité de vie de l’enfant », conclut le Dr. Seailles. Pour ce faire la polysomnographie (mesure du sommeil) est l’examen de référence. Enfin, il est conseillé de suivre à long terme des enfants à risque.
Jean-Jacques Cristofari





