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Dernière mise à jour le  09-09-2009

Allemagne

Des apnéiques très vigilants

La nouvelle réforme de l'assurance maladie, introduite outre-Rhin en mai dernier par la coalition au pouvoir, inquiète à la fois les patients et les médecins. Au printemps 2006 à Hambourg, des associations de malades souffrant d'apnée du sommeil, réunis comme chaque année à la même époque à l'initiative de la société Weinmann, sont venus exprimer leurs inquiétudes sur l'avenir de leur prise en charge

Au pays de Bismarck, fondateur du système allemand de l'assurance santé et accident des travailleurs, les associations de malades dénoncent ce qu'elles nomment désormais une «médecine à 4 vitesses», qui renvoie aux quatre niveaux de prise en charge sur lesquels peuvent se trouver placés les assurés sociaux outre-Rhin : 1) être affilié à une des 260 caisses de l'assurance maladie publique, 2) être assuré à une compagnie d'assurance privée, 3) être membre adhérent d'un «groupe d'entre aide mutuelle», équivalent de nos associations de malades -, pour être épaulé dans sa pathologie chronique ou enfin 3) se retrouver seul, sans couverture spécifique et/ou au nombre des plus exclus ou démunis.

Ils sont près de 90 000 malades membres d'une association d'apnéiques en All emagne. A Hambourg en avril dernier, leurs représentants étaient aussi vigilants sur leur avenir qu'actifs lors de la réunion organisée à l'initiative de la société Weinmann.

En prise depuis le mois de mai avec la 10ème réforme de l'assurance maladie introduite depuis 1989, dénommée «loi pour l'amélioration de l'économie des prestations pharmaceutiques», adoptée depuis le mois de mai 2006 par la grande coalition en place depuis septembre dernier, nos voisins allemands s'inquiètent fortement des conséquences de cette dernière sur leur niveau de prise en charge. Car déjà depuis deux ans, les remboursements de soins et de produits pharmaceutiques ne cessent de diminuer et la part restant à charge directe des assurés allemands dans leurs dépenses de santé a connu un bond sans précédent depuis le 1er janvier 2004. De 6 milliards d'euros en 2003, le trou de la Sécu allemande a ainsi été ramené à 1,8 milliard un an plus tard. Grâce à la participation accrue des assurés à leurs dépenses (2,3 milliards d’euros en 2004), il y a été transformé en excédent fin 2005 (1,8 milliard d'euros).

Reste que les perspectives ne sont pas bonnes. La «grande coalition» au pouvoir depuis l'automne dernier projette d'ores et déjà état un nouveau trou de quelque 6 à 7 milliards d'euros dans les caisses d'assurance maladie publiques. Un déficit que le gouvernement de la Chancelière Merkel estime pour l'essentiel redevable à l'augmentation des dépenses pharmaceutiques (+ 17 % en 2005), poste sur lequel le gouvernement fait désormais peser l'essentiel des efforts, en imposant aux industriels des baisses drastiques de prix des médicaments et en encourageant sous diverses formes le recours massif aux génériques.

C'est sur cette toile de fond que la société Weinmann, entreprise familiale spécialisée dans les systèmes de diagnostic et de traitement pour la médecine du sommeil, l'oxygénothérapie et la médecine d'urgence, a réuni en avril 2006, à Hambourg, où siège l'entreprise, les principales associations de malades apnéiques du territoire allemand. Trois grandes associations se partagent le pays et rassemblent à elles seules près de 90 000 malades adhérents. Comme chaque année à la même époque, une bonne centaine de représentants de ces associations régionales et fédérales a échangé sur les nouveaux produits mis à disposition des apnéiques et sur les problèmes rencontrés par ces derniers dans le vécu de leur maladie.

Les craintes de malade

«Les caisses d'assurance maladie veulent incontestablement réduire les coûts des produits et des appareils qui sont mis à votre disposition» a souligné lors de cette rencontre Detlef Röseler, conseiller Homecare (soins à domicile) chez Weinmann. Outre Rhin, les dépenses consacrées au seul poste «inhalation et thérapies respiratoires» s'élèvent en 2005 à quelque 400 millions d'euros, sur 4, 5 milliards consacrés au total aux dispositifs médicaux. Les coûts de maintenance des appareils à PPC sont, de leur côté, chiffrés par les caisses à 2 milliards d'euros. Et la prévalence de l'apnée du sommeil ne devant pas décroître, ces dépenses grimperont nécessairement avec ! Un mouvement que les organismes payeurs anticipent à leur manière en invitant lentement mais sûrement les assurés sociaux à prendre en charge une part croissante du prix de leur appareillage. Aussi la principale crainte exprimée tant par l'industriel Weinmann que par les associations de malades est que les caisses maladie exercent à l'avenir des pressions sur les prix des appareils à PPC et que celles-ci se traduisent par les seuls remboursement et mises à disposition des appareils les moins chers du marché. Une perspective que les uns comme les autres jugent aussi inacceptable que contreproductive. Puisque le seul remboursement des appareils les moins chers, signifiera à terme, la fin de l'innovation médicale au bénéfice des malades apnéiques, et donc des baisses certaines dans la qualité des soins.

J-J. Cristofari
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