JNAS 2015 : l'Alsace mobilise les malades apnéiques du sommeil

13 ans après son lancement à Arcachon, la traditionnelle journée organisée par la FFAAIR autour de l'apnée du sommeil rencontre toujours autant de succès et d'intérêt auprès des malades atteints de cette pathologie, qui concerne déjà 700 000 personnes traitées et devrait en concerner près de 2 millions dans les prochaines années. Cette année, la Journée nationale a permis, à l'initiative de l'AMIRA et d'AIRSA, de rassembler quelque 150 personnes dans l'enceinte du Conseil Départemental du Bas-Rhin.

La JNAS 2015 a été ouverte par le Pr. Romain Kessler, pneumologue au CHU de Strasbourg, qui a rappelé que le traitement de l'apnée du sommeil par pression positive continue n'est plus soumis depuis novembre 2014 aux obligations de télé-suivi, suite à l'abrogation des arrêtés du 9 janvier et du 22 octobre 2013 par le Conseil d'Etat. Le règlement qui préconisait initialement une prise en charge du patient sous condition d’une « télé observance » minimale de 3 heures quotidiennes sur une période de 28 jours ne s'impose plus aux malades, a souligné le Pr. Kessler (photo). Ce dernier a également évoqué le nouveau traitement de l'apnée du sommeil par stimulateur du pharynx, via un neurostimulateur placé au niveau de la poitrine qui a donné lieu à différentes mises au point. Il a indiqué que le coût élevé du système constituait une préoccupation et que l'efficacité à long terme restait encore incertaine du fait de la jeunesse du procédé pour lequel nous ne disposions encore que de 18 à 24 mois de recul. "La stimulation du nerf hypoglosse est une voie de recherche, mais il n’est pas sûr que cela débouche sur une application concrète", a ajouté le pneumologue hospitalier.

Il a ensuite évoqué les liens entre apnée du sommeil et maladie d'Alzheimer et souligné que "parmi les individus présentant un déclin cognitif modéré ou une maladie d'Alzheimer, une apnée obstructive du sommeil non soignée avançait de 13 ans l'apparition des premiers signes de perte de mémoire (à 77 ans au lieu de 90)." Bonne nouvelle pour ceux ou celles qui pourraient s'inquiéter : cet effet délétère disparait quand la maladie est prise en charge en équipant le patient d'un masque à pression positive la nuit. Aussi, si des recherches ont simplement établi une corrélation entre apnée du sommeil et symptômes de la maladie d'Alzheimer, rien ne permet d'affirmer que l'apnée du sommeil est une cause de la maladie d'Alzheimer. Reste qu'il est vivement conseillé de traiter la maladie de la manière la plus appropriée , par PPC ou avec l'aide d'une orthèse d'avancée mandibulaire, pour ne pas risquer de vivre avec un Alzheimer. Enfin, le Pr. Kessler a précisé que l'utilisation d'une ventilation servo-adaptée pour les personnes souffrant d'apnées centrales du sommeil et d'insuffisance cardiaque systolique et symptomatique est désormais contre indiquée.

Selon un exercice bien rodé, le Dr Thierry Seailles (photo), de l'Unité de Sommeil à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne (92), a expliqué l'importance pour les parents de connaitre les signes de l'apnée du sommeil chez l'enfant afin de pouvoir diagnostiquer la maladie assez tôt. Car cette dernière est méconnue chez l'enfant et l'adolescent et peut laisser d'importantes séquelles dans un âge plus avancé. Une apnée du sommeil non traitée entraîne ainsi une hypertrophie des organes lymphoïdes, une étroitesse des voies aériennes osseuses ou encore des atteintes du tonus neuromusculaire.

Cette maladie est fréquente chez les enfants (1 à 4 %), garçons et filles à égalité, surtout entre 3 et 7 ans. Elle entraîne 50 000 adéno-amygdalectomies/an pour « syndrome obstructif » chez l’enfant en France. Elle est fréquemment associée à l'asthme, entraîne des anomalies morphologiques osseuses et des tissus mous associés, et est favorisée par du surpoids ou de l'obésité. Elle provoque également des complications cognitives chez l'enfant qui dort mal, surtout s'il n'est pas traité, avec des retentissements scolaires importants (troubles d’attention, difficultés d’abstraction, troubles de la mémoire). Le tout souvent associé à des troubles du comportement (agressivité, timidité repli sur soi, dépression, agitation, difficultés de discipline et scolaires). La croissance de l'enfant va être perturbée, son développement physique altéré. Aussi est-il important, surtout si des antécédents familiaux existent en matière d'apnée du sommeil, de diagnostiquer la maladie précocement chez l'enfant et de la traiter. "La précocité du diagnostic de SAOS permet d’éviter des complications graves, précise le Dr Seailles. La méthode de référence reste la polysomnographie et vu la fréquence de symptômes résiduels après traitement, le suivi à long terme des enfants à risque est justifié."

Elisabeth Ruppert (photo), médecin hospitalier au centre des troubles du Sommeil du CHU de Strasbourg, a ensuite évoqué la question du syndrome de l'apnée du sommeil et de la somnolence. Elle a rappelé que cette dernière se définit par "des envies inappropriées à s’endormir et la survenue d’endormissements intempestifs au cours de la journée" et qu’au moins 36 % de la population a un déficit du sommeil. " Un tiers des adultes jeunes sont en privation chronique de sommeil et 7 % des adultes d’âge moyen sont en déficit de sommeil suite à une pathologie spécifique du sommeil", a précisé Mme Ruppert. "Seulement un tiers des jeunes adultes s’endorment en moins de 5 minutes", a-t-elle ajouté. Ces situations peuvent entraîner un baisse des performances cognitives, une chute de l’humeur, de la dépression, des modifications de personnalité, de l'irritabilité, une altération des interactions sociales et familiales, et ont donc un retentissement global sur l'individu en manque de sommeil/ La somnolence diurne, bien connue des malades apnéiques du sommeil, est un répercussion majeure des troubles du sommeil, avec un risque de survenue d'accident - en particulier au volant - ou une humeur perturbée, de même que les fonctions cognitives.

Elle a ainsi rappelé que les personnes atteintes d'apnées du sommeil doivent se soumettre à des contrôles réguliers si elles conduisent et qu'il y a "incompatibilité tant que persiste une somnolence malgré le traitement" (arrêté du 21 décembre 2005). Aussi "la reprise de la conduite pourra avoir lieu deux semaines après disparition de toute somnolence et constat clinique de l’efficacité thérapeutique". Pour évaluer la somnolence, il existe divers outils, telles les mesures polygraphiques qui permettent de mesurer le degré de cette somnolence. En cas d’apparition ou de majoration de la somnolence diurne suite à la mise en place d’un traitement par PPC, la spécialiste du sommeil recommande de s'interroger sur l'efficacité du traitement : à savoir s'il y a des fuites au masque, des douleurs liées à l’interface, des douleurs abdominales « aérophagie » ou encore des montées en pression trop rapides en cas de modalité autopilotée ? Elle recommande aux malades apnéiques du sommeil de bien suivre leur traitement (au moins 7 heures par nuit) et d'en vérifier l'efficacité (faire une titration manuelle si besoin sous contrôle vidéo - polysomnographique). Et s'il y a persistance de la somnolence diurne, de vérifier la tolérance et l’efficacité du traitement.

Le Dr Christophe Petiau (photo), médecin neurologue libéral installé à Strasbourg, est revenu sur le profil type du patient apnéique du sommeil : ce dernier est plutôt un homme (3 à 7 %), plutôt âgé, souvent en surpoids, qui ronfle, est somnolent et souffre également de maladies cardiaques. Ce portrait n'exclut aucunement les femmes (2 à 5 % de ces dernières sont apnéiques du sommeil) chez qui la maladie est moins liée au poids, avec cependant un risque équivalent après la ménopause. Les femmes enceintes requièrent plus d'attention, car la grossesse augmente le risque d'apnées du sommeil, avec d'autres maladies associées, telle l'hypertension gravidique, le diabète gestationnel, l'éclampsie (crise convulsive généralisée) ou encore l'hypotrophie foetale. Le médecin neurologue encourage les personnes en surpoids à se faire diagnostiquer : "60 % des personnes apnéiques du sommeil sont en surpoids", précise le Dr Petiau, invitant tout un chacun à mesurer son indice de masse corporelle ainsi que son périmètre abdominal, qui diront où vous en êtes de la surcharge pondérale.

"Mais 40 % des personnes apnéiques du sommeil ne sont pas en surpoids", ajoute le médecin. La morphologie cranio-faciale dira alors si un risque existe, en particulier en cas de rétrognatie pandibulaire (menton en retrait) ou d'hyperdivergence faciale. Si les personnes plus avancées dans l'âge sont souvent apnéiques entre 50 et 60 ans, le risque de devenir apnéique du sommeil s'aggrave surtout avec l'âge : il est multiplié par 6 entre 20 et 60 ans et le ronflement sera le meilleur révélateur de la maladie. Il faut aussi noter que l'apnée du sommeil augmente les risques de maladies cardio-vasculaires, notamment l'hypertension artérielle, les troubles du rythme cardiaque ou encore les accidents cardio-vasculaires (AVC). D'où l'importance d'être diagnostiqué tôt et de se traiter rapidement avec une machine à PPC ou une orthèse d'avancée mandibulaire ? Car le traitement de référence de l'apnée du sommeil par PPC améliore incontestablement votre qualité de vie, supprime le ronflement et les apnées, corrige les symptômes diurnes de la maladie (dont la somnolence), diminue le risque d'accident de voiture et prévient aussi les risques cardio-vasculaires en les normalisant. Mais "les contraintes du traitement nécessitent une évaluation au cas par cas de l’indication thérapeutique" conclut le Dr Petiau. Car aucun individu ne ressemble à un autre quand survient une maladie comme l'apnée du sommeil.

Le Pr. Laurence Kessler (photo) a conclu la série des conférences sur l'apnée du sommeil par une intervention relative aux liens qui peuvent exister entre diabète et apnée du sommeil. Pour cette dernière, "ces pathologies fréquentes ont beaucoup de points communs". La surcharge pondérale, les antécédents familiaux en font partie. Si de 2 à 4 % de la population, à prédominance masculine est atteinte d'apnée du sommeil, le diabète de type 2 concerne de son côté entre 4 et 6 % de cette même population. Les deux maladies augmentent avec l'âge et sont associées à l'obésité. Elles présentent des risques de maladies cardio-vasculaires.

"80 % des diabétiques de type 2 sont obèses" précise le Pr. Kessler "et plus de la moitié d'entre eux ont des maladies cardio-vasculaires. Par ailleurs, si un tiers des personnes apnéiques du sommeil sont diabétiques, la moitié des diabétiques de type 2 ont une apnée du sommeil. "Il existe donc une relation certaine entre les deux maladies". Conséquence de cette situation, "il faut veiller aux risques de maladies cardiovasculaires chez les uns comme chez les autres et proposer un dépistage du diabète chez les personnes apnéiques et de l'apnée du sommeil chez les diabétiques." Conclusion : le traitement par PPC chez les uns et le traitement du diabète chez les autres  va ainsi diminuer les maladies cardiovasculaires.

La Journée nationale a reçu la visite de Philippe Meyer, élu du canton de Molsheim au Conseil départemental du Bas-Rhin, qui est venu saluer les personnes présentes et les féliciter pour la qualité de leurs travaux et réflexions. Elle s'est achevée par une table ronde au cours de laquelle des prestataires de matériel (Catherine Goll d'Air à Domicile, Dominique Ramon de SOS Oxygène et Patrice Rixien de l'ADIRAL), tous signataires de la Charte de la FFAAIR sont venus expliquer leurs engagements envers les patients et la manière dont ils exercent leur difficile métier.

Michel Vicaire, nouveau président élu de la FFAAIR a introduit cette JNAS, marquée du sceau de la qualité, grâce à la mobilisation de l'équipe locale de l'AMIRA (photo), présidée par Marie-Rose Gerhardt.

Il a conclu la journée en donnant rendez-vous pour la 14è JNAS en 2016, dans une ville qui reste à déterminer.

Jean-Jacques Cristofari

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